1961-1962
Depuis des mois, les tueurs de l’O.A.S frappent en toute impunité, multipliant les attentats, entretenant un climat de peur, de violence. De toute évidence, ils bénéficient au gouvernement, dans l’armée, la police, de complicités multiples, ils espèrent ainsi enrayer les luttes revendicatives et la prise de conscience grandissante pour la paix et l’indépendance de l’Algérie.
Les manifestations sont interdites, on tente de museler la presse progressiste, on porte atteinte au droit de réunion, de grève, la répression policière est féroce.
17 octobre 1961
Le 17 octobre 1961, à la suite d’une manifestation, plus de 100 travailleurs algériens sont assassinés à Paris et en banlieue.
De violentes campagnes anticommunistes, anti-cégétistes, sont orchestrées par la droite et les grands moyens d’informations. Alors que le pouvoir laisse assassiner ceux qui s’opposent aux menées fascistes, aucune mesure sérieuse n’est prise contre l’OAS.
7 février 1962
A Paris, en plein après-midi, dix nouvelles charges de plastique secouent la capitale. Sont visés des personnalités politiques, des journalistes, des écrivains, des universitaires.
Les Unions Départementales CGT de la Seine et Seine et Oise décident le soir même de riposter et provoquent une réunion de toutes les organisations syndicales, politiques, étudiantes désireuses de s’opposer au fascisme de l’OAS.
Les organisations parisiennes du PCF, de la CFTC, de l’UNEF, du SNI et de la FEN de Seine et Oise, du SGEN, du PSU, la jeunesse Communiste, la jeunesse Socialiste Unifiée et le Mouvement de la Paix décident d’une manifestation pour le lendemain 8 février à 18h30 – Place de la Bastille.
8 février 1962
60.000 manifestants en plusieurs cortèges calmes et pacifiques défilent autour de la Bastille. Alors que la dislocation est annoncée, des brigades spéciales d’intervention chargent sans motif avec une brutalité et une sauvagerie inouïes le cortège du Boulevard Voltaire à la hauteur du métro Charonne.
La volonté de tuer, pour l’exemple est évidente. Des centaines de manifestants sont sauvagement matraqués, jetés à terre, refoulés dans la bouche de métro. Sur la foule entassée, les policiers jettent des grilles d’arbres en fonte, les manifestants sont pourchassés jusque dans les couloirs d’immeubles, les cafés. Nul n’est épargné, femmes, enfants sont matraqués sans discernement.
Tard dans la soirée se dégage peu à peu le triste bilan. On apprend qu’il y a des morts, combien ? 1, puis 2, puis 3 et 5 – en fait, il y en aura 8 dont 3 femmes et un adolescent de 15 ans,
250 blessés dont une centaine grièvement atteints. Un mois et demi après succombe à ses blessures une 9ème victime.
9 février 1962
La CGT riposte au drame de Charonne et lance un appel à la grève nationale.
Les 10, 11, 12 des actions, des protestations se multiplient. Après de multiples tergiversations, à l’initiative de la CGT c’est dans l’unité que toutes les organisations syndicales décident de faire du 13, jour d’obsèques, une journée nationale de grève et de manifestations.
13 février 1962
En Région parisienne, toute activité est interrompue, un million de personnes rendent hommage aux victimes, dans une grande et imposante manifestation de la République au cimetière du Père Lachaise.
Ils avaient pensé briser la volonté des travailleurs par le meurtre et c’est tout un peuple qui se dresse. C’est un solennel et ferme avertissement.
Les martyrs de Charonne ne sont pas morts en vain.
L’histoire, une fois encore, a donné raison à la classe ouvrière et aux forces démocratiques. L’Algérie a pu accéder à l’indépendance.